Déclaration CGT FO à la cérémonie de la commémoration de la libération de la Bourse du Travail  Mesdames et Messieurs les Elus
Mesdames et Messieurs les représentants de la Ville de Paris
Chers amis, Chers Camarades,


Mesdames et Messieurs les Elus
Mesdames et Messieurs les représentants de la Ville de Paris
Chers amis, Chers Camarades,

Comme chaque année, FORCE OUVRIERE tenait à participer à cette importante cérémonie en mémoire des glorieux combattants qui ont contribué à la Libération de Paris, du joug des nazis.

Il y a donc 74 ans, à quelques jours près, la Libération de la Bourse du Travail, maison des syndicats, fut reprise à l’envahisseur, dans le même mouvement où les organisations syndicales, interdites par le régime de Vichy sortait de la clandestinité pour revenir sur le devant de la scène.

Il y a 74 ans donc, ces syndicalistes, en liaison avec le CNR, faisait en sorte que les droits soient rétablis. Pour ce faire il a fallu prendre les armes.

De leur action courageuse, combinée avec le soulèvement populaire et la grève générale qui bloqua le pays, découla non seulement la reconquête des droits qui avaient été bafoués durant les années sombres de l’occupation, mais des droits nouveaux furent arrachés : la sécurité sociale, le statut de la fonction publique, les nationalisations des banques, la création des entreprises publiques et d’un statut pour les salariés qui y travaillaient.
Or, en 2018, ces statuts sont attaqués, les nationalisations vont bon train, les conventions collectives, garantes de l’égalité de traitement dans une même branche d’activité, la sécurité sociale, les retraites et tant d’autres droits collectifs sont attaqués par le gouvernement Macron Philippe.

Ce gouvernement a enclenché la marche arrière sur tous les droits, reprenant à son compte le programme coup de poings de Denis Kessler, ex n°2 du MEDEF « Il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! ». En un mot en finir avec le pacte républicain.

La libération de la Bourse du Travail en août 1944 marque, sans aucun doute une étape importante dans la remise en cause du régime de Vichy et le rétablissement d'un état de droit et de la République.

Cet acte héroïque, à mettre au compte de nos glorieux aînés a été réalisé avec la conviction commune de tous ces militants de mettre en place un monde meilleur et plus juste largement appuyé sur les revendications établies patiemment pendant l’occupation et qui se cristallisèrent dans le programme du CNR.

Avec Mickael ENDE, on dit souvent « qui n’a pas de passé n’a pas d’avenir », c’est pourquoi il est utile de se pencher un moment sur ce qui s’est joué dans cette maison en 1944 pour éclairer les combats que nous avons à mener maintenant.

En se penchant sur le passé, je suis retombé il y a peu sur une affiche en vogue en 1942, une affiche de propagande du régime de Vichy qui représentait de gentils semeurs portant un seul slogan : « la France en marche ». De là j’en tire une conclusion : on a les inspirateurs que l’on mérite, qu’ils soient barbouzes ou en cols blancs !

Certes, les situations ne sont pas comparables, les syndicats ne sont pas interdits, mais la forme d’exercice du pouvoir que certains appellent à juste titre le corporatisme présente des similitudes.

Les ordonnances contre les droits collectifs codifiés dans les conventions collectives de branche et assises sur le code du travail, la volonté affichée de casser les statuts et en particulier celui de la fonction publique, en finir avec le système de rémunération de la fonction publique basée sur un déroulement de carrière et la valeur unique du point d’indice pour y substituer la rémunération au mérite fondée sur la mission, tout celui participer de la même entreprise de démolition. Dès lors une question se pose : comment les arrêter ?

La récente grève des cheminots a mis en lumière cette question. Cette entreprise publique qui fut fondée avant guerre mais dont le rôle joué par les agents entre 40 et 44 est à mettre en relation avec la cérémonie qui nous réunit aujourd’hui. La récente grève donc, fut puissante, mais la forme choisie de grève perlée n’a pas permis de mettre en échec les projets du gouvernement. Se pose dès lors la question qui est dans toutes les têtes, comment gagner sur les revendications, et d’abord les définir clairement ?

En effet, pour mettre un coup d’arrêt à cette politique qui entend tout détruire, qui met en musique les injonctions du MEDEF, au moment où se prépare un coup fatal contre nos régimes de retraites basés sur la solidarité intergénérationnelle pour y substituer la retraite individuelle par points, on ne peut pas se limiter à obtenir des « avancées », ou un « sac à dos social », se rassurer à bon compte en disant que l’on a sauvé l’essentiel, ou en d’autres termes que cela aurait pu être pire. En poursuivant le parallèle avec le récent conflit avec la SNCF, nous ne pensons pas que l’on doive, comme cela se dit ici ou là, procéder à « une homogénéisation des régimes ».

C’est en gardant le cap de la préservation des acquis que nous pourrons faire reculer le gouvernement donc les visées sont claires : remettre en cause tous les régimes, les régimes spéciaux, comme le régime général. Certes les analyses ne sont pas toutes les mêmes, mais en se penchant quelques instants sur la façon dont nos aînés se sont comportés, nous pouvons, là encore en tirer des leçons.

Pendant l’occupation, ceux qui résistaient au régime de Vichy ainsi qu’à l’occupant nazi ont su conjuguer leurs efforts, dans l’unité, sans nier leurs différences, mais en les mettant de côté un moment, pour frapper ensemble. C’est d’ailleurs ce qu’on fait les Unions régionales CGT / FO / Solidaires et FSU en publiant dès juillet un 4 pages sur la question des retraites qui est à votre disposition au fond de la salle.

Combattre aujourd’hui les régressions que l’on tente de nous imposer c’est honorer, dans les faits, la mémoire de nos illustres aînés. Comment pourrions-nous accepter de laisser à nos successeurs un code du travail inférieur à celui que nos aînés nous ont confié, une référence devenue chiffon de papier ?

Comment pourrions accepter la fin programmée de la retraite par répartition pour satisfaire l’appétit des multinationales des assurances et des fonds de pensions ?

Si aujourd’hui nous commémorons les héros de cette page de notre histoire, c’est aussi pour s’inspirer de leur courage et de leur détermination.

En effet, il fallait du courage et de la détermination pour inscrire dans le programme du CNR :

« l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ; une organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général et affranchie de la dictature professionnelle instaurée à l’image des Etats fascistes ; l’intensification de la production nationale selon les lignes d’un plan arrêté par l’Etat après consultation des représentants de tous les éléments de cette production ; le retour à la nation des grands moyens de production monopolisée, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques ; le développement et le soutien des coopératives de production, d’achats et de ventes, agricoles et artisanales ; le droit d’accès, dans le cadre de l’entreprise, aux fonctions de direction et d’administration, pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires, et la participation des travailleurs à la direction de l’économie. ».

Ce programme est-il vieillot, dépassé, si loin de notre réalité quotidienne ?

On ne le redira pas assez, rendre hommage à nos aînés qui ont, les armes à la main, libéré la Bourse du Travail passe bien entendu par ce moment de recueillement que la CA de la Bourse organise chaque année, mais c’est aussi défendre bec et ongles les droits acquis, et en particulier ceux qui le furent par ces glorieux combattants.

Cette année 2018 est vraiment singulière : on aura passé des mois à multiplier les références à mai 1968, pour beaucoup en souhaitant relayer les luttes ouvrières à un lointain souvenir, un peu folklorique et qui n’a plus rien à voir avec le monde moderne, mondialisé, converti à l’économie de marché. Nous ne faisons pas partie de ceux-là. Nous sommes les héritiers de ceux qui libérèrent la Bourse, de ceux qui organisèrent la grève générale de mai 68. Ils furent, à l’époque, moins médiatisés que Cohn-Bendit mais ne font pas partie de ceux qui aujourd’hui font allégeance à Macron !

Des nombreux enseignements que peuvent nous inspirer les libérateurs de la Bourse, héritiers eux-mêmes des communards, et que nous célébrons aujourd’hui, le plus important reste, sans conteste, celui de la résistance à toute forme d’injustice.

Dans quelques jours aura lieu la rentrée, qui ne sera pas que scolaire mais également sociale.

Comme nos glorieux aînés, nous pensons qu’il est possible de faire machine arrière et dans un premier temps de bloquer cette machine infernale : le Programme du CNR, comme les conquêtes de 1936, demeurent des modèles toujours vivants et actuels.

A Force Ouvrière, nous pensons qu’il faudra unir nos forces pour y arriver.

Vive l’indépendance syndicale, gloire à nos aînés, vive la Bourse du Travail et les droits ouvriers qu’il nous faut défendre en toute circonstance.

Je vous remercie de votre attention.


Paris, le 27 août 2018



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